Corps sous tension, mental sous pression : quand ostéopathie et pleine conscience se rencontrent
PERFORMANCE DURABLE EN ENTREPRISE
Ostéopathie et pleine conscience : le duo inattendu qui s’invite dans la QVCT
Ostéopathie et pleine conscience, pourquoi associer ces deux approches qui n’ont à priori rien en commun ?
Les difficultés rencontrées au travail ne sont pas seulement physiques ou seulement psychologiques. Stress chronique, fatigue, douleurs récurrentes, difficultés d’attention, tensions relationnelles, baisse de motivation ou absentéisme peuvent tout à fait s’alimenter mutuellement.
Ce fut notre constat avec Jordan Kerbrat, ostéopathe D.O. à mes côtés lors d’une conférence réalisée plus tôt dans le mois.
Devant un public de chefs d’entreprises, un seul message : prendre soin du corps et prendre soin du mental sont deux leviers complémentaires de prévention de qualité de vie au travail.
FOCUS SUR LA PLEINE CONSCIENCE
La pleine conscience : de quoi parle-t-on vraiment ?
Avant de parler des bénéfices de la pleine conscience (ici un article qui traite du sujet plus en détail), revenons d’abord à la définition de celle-ci proposée par Jon Kabat-Zinn, professeur pionnier de l’intégration de la pleine conscience :
Méditation de pleine conscience :
Une manière de porter son attention, intentionnellement, sur l’expérience du moment présent, avec une attitude d’ouverture et sans jugement.
Cette précision est importante, car la pleine conscience reste parfois associée à une idée plus ou moins vague de relaxation ou de « zen attitude ». Permettez-moi de vous retirer cette idée de la tête : il s’agit avant tout d’un entraînement de l’attention et de la capacité à observer ce qui se passe en soi avant de réagir automatiquement.
Imaginez-vous à présent son intérêt en entreprise ?
Sans pour autant faire disparaître les événements stressants, elle peut contribuer à faire évoluer notre rapport à ces événements, notre positionnement et notre manière d’entrer en relation avec les autres.
Une méta-analyse portant sur 91 études et près de 9 400 participants montre d’ailleurs des effets significatifs sur le stress, la santé mentale, le bien-être et certains indicateurs professionnels grâce à des interventions de pleine conscience dans le milieu du travail.
STRESS & ATTENTION
Quand le stress rétrécit notre attention
Sous pression, notre capacité d’attention risque de se réduire. Nous devenons plus réactifs, moins disponibles pour écouter réellement et davantage susceptibles de répondre dans l’urgence.
Au travail, ces réactions auront directement des conséquences : une parole mal interprétée, une réaction disproportionnée, une communication qui se tend, un conflit qui s’installe et j’en passe.
Entre « ce qui m’arrive » et « la manière dont je vais répondre », il existe un petit espace ; la pleine conscience apprend justement à agrandir ce petit espace.
C’est un entraînement à faire petit à petit. Christophe André (médecin psychiatre et psychothérapeute) parle très joliment du « rien que » : rien que marcher, rien que manger, rien qu’écouter… plutôt que de chercher constamment à faire plusieurs choses à la fois, tel que manger tout en répondant à un email (une scène qui n’est sans doute pas inconnue à certains d’entre nous !).
Cette approche rejoint les enjeux actuels liés à l’attention et à la surcharge informationnelle. Dans une chronique consacrée au sujet, que je vous conseille personnellement de visionner, Christophe André oppose le « rien que » au « en même temps ».
Dans l’entreprise, cela peut sembler très simple : être réellement présent à une réunion, écouter son interlocuteur sans préparer sa réponse, terminer une tâche avant d’en commencer trois autres.
Mais attention, ce qui paraît simple demande en réalité un certain entraînement.
Les exercices « formels » de pleine conscience (respiration, scan corporel, méditation guidée ou non guidée) permettent d’apprendre à porter volontairement son attention. Puis, progressivement, cette compétence va s’intégrer dans les activités ordinaires : marcher, manger, travailler, conduire, échanger avec un collègue… La pratique devient alors « informelle », au cœur du quotidien.
SANTÉ & ÉDUCATION
La pleine conscience ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise
Cette approche trouve sa place dans différents contextes : en entreprise, bien sûr, mais également dans le domaine de la santé ou encore de l’éducation.
➜ Dans le domaine de la santé
La pleine conscience peut être utilisée en complément d’un accompagnement médical, en particulier lorsque le stress, la douleur ou certaines habitudes de vie occupent une place importante.
Dans le cadre d’interventions en cardiologie, j’ai par exemple accompagné des personnes ayant vécu un AVC et étant confrontées à un stress chronique. L’objectif n’était pas de leur apprendre à « se détendre », mais de les aider à faire évoluer leur rapport aux événements et certaines habitudes, dans une démarche de prévention des récidives.
Et parmi les premiers changements rapportés, on retrouve : une meilleure gestion de la douleur, un sommeil amélioré, une perception différente des événements et une forme de lâcher-prise.
➜ Dans le domaine de l’éducation et de l’attention
La pleine conscience est également très intéressante lorsqu’il est question d’attention et de régulation émotionnelle chez les enfants.
Le fait d’apprendre à ramener son attention vers l’expérience présente, notamment lorsque l’esprit se disperse, permet d’entraîner progressivement sa capacité à se recentrer et à mieux identifier ce qui se passe en soi : pensées, émotions ou sensations.
C’est dans cette perspective que j’ai d’ailleurs animé une formation autour de la question : « En quoi la méditation de pleine conscience peut-elle aider les enfants présentant un trouble du déficit de l’attention ? ».
Mais l’intérêt de cette approche peut aussi s’étendre à leur entourage : une étude pilote randomisée publiée en 2025 a observé qu’un programme MBSR pouvait réduire le stress chez des parents d’enfants présentant un TDAH et contribuer à améliorer leur bien-être mental.
Il ne s’agit donc pas de présenter la pleine conscience comme une méthode qui « règle » un trouble de l’attention, le stress professionnel ou une problématique de santé. En revanche, elle peut très bien être considérée comme un entraînement à développer des ressources attentionnelles et émotionnelles.
CORPS, MENTAL, ENVIRONNEMENT
En entreprise, peut-on vraiment dissocier le corps du mental ?
C’est aussi dans cette dimension que l’accompagnement psychologique devient vraiment complémentaire de celui d’un ostéopathe.
Pourquoi ? Tout simplement parce que l’ostéopathie intervient sur le corps, les tensions, la mobilité et certains déséquilibres physiques. Tandis que l’accompagnement psychologique porte davantage sur le psychisme, l’attention, les émotions, les réactions et les relations.
Mais ces dimensions ne sont évidemment pas cloisonnées.
Un salarié sous tension peut avoir davantage de douleurs. Une personne qui souffre physiquement peut être plus irritable ou moins disponible. Une équipe constamment sous pression peut voir sa communication se détériorer.
C’est pourquoi Jordan Kerbrat et moi-même défendons fièrement une vision plus globale : un corps apaisé facilite la disponibilité ; un mental mieux régulé favorise une relation plus juste à son environnement.
La pleine conscience n’est d’ailleurs qu’un des outils que j’utilise. Je m’appuie également sur la marche, l’art-thérapie, la discipline positive ou des approches pédagogiques adaptées aux besoins des équipes.
EFFET DE MODE OU VRAIE STRATÉGIE ?
De l’atelier ponctuel à une véritable culture QVCT
Aujourd’hui, de grands groupes ont intégré des démarches de santé et de bien-être dans leur politique RH. Carrefour propose par exemple différents dispositifs autour de la santé, du bien-être, de la flexibilité et de la déconnexion.
Renault Group a également développé OneHealth, un programme prenant en compte la santé physique et mentale de ses collaborateurs.
Ces entreprises ont compris quelque chose : une conférence ou un atelier ne suffit malheureusement pas, à lui seul, à transformer durablement les pratiques.
Et d’après mon expérience en tant que consultante et formatrice, je ne crois pas non plus au saupoudrage.
Il est vrai cependant qu’une intervention peut provoquer une prise de conscience, ou donner envie d’essayer. Mais pour qu’une nouvelle manière de fonctionner devienne naturelle, il faut de la répétition, de l’expérimentation et de l’accompagnement.
Les cycles de conférences thématiques accompagnés d’exercices pratiques, les journées d’immersion, formations et séminaires sont beaucoup plus efficaces et génèrent nettement plus de résultats qu’un atelier.
Car rappelons que l’objectif n’est pas d’ajouter une nouvelle injonction au salarié tel que « méditez pour être plus performant », mais de lui permettre de développer des ressources qu’il pourra réellement mobiliser dans son quotidien.
LE COÛT DE LA PRÉVENTION
QVCT :dépense ou investissement ?
Prévenir l’épuisement, les TMS, le désengagement ou les tensions relationnelles est bien évidemment bénéfique pour les collaborateurs, mais c’est aussi une question de santé économique pour l’entreprise.
Moins d’absentéisme, c’est moins de désorganisation.
Des collaborateurs avec assez de ressources pour faire face à la pression seront plus disponibles, plus engagés et mieux à même de coopérer. Tout comme une équipe qui se sent considérée aura davantage de raisons de rester.
L’enjeu n’est donc pas de promettre un retour sur investissement à chaque atelier. Il est de considérer la prévention comme un investissement dans le capital humain et dans la stabilité de l’organisation.
Les interventions peuvent par ailleurs être envisagées dans différents cadres : budget QVCT/RSE, budget du CSE pour certaines actions, financement de formations via l’OPCO selon les dispositifs et les critères d’éligibilité, ou encore certains dispositifs de prévention.
La vraie question n’est donc pas « Combien cela va me coûter ? » Mais plutôt : « Quel problème voulons-nous prévenir ou résoudre, et quel dispositif serait réellement pertinent pour nos équipes ? »
UNE APPROCHE COMPLÉMENTAIRE
L’ostéopathie et la pleine conscience : prendre soin de l’ensemble
On ne peut pas durablement dissocier le corps, le mental et l’environnement dans lequel une personne évolue.
L’ostéopathie et la pleine conscience ne font pas du tout la même chose, et c’est précisément ce qui fait leur complémentarité. L’une prend soin du corps ; l’autre entraîne l’attention, la régulation émotionnelle et le rapport aux événements.
Combinées, elles ouvrent un espace de prévention plus général, au service d’une QVCT actionnable et d’une performance qui ne repose pas sur l’épuisement des personnes.
Finalement, à quoi reconnaît-on une performance vraiment durable ? Demander aux équipes de tenir toujours plus longtemps, ou leur permettre de fonctionner efficacement sans s’épuiser ?

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